Le 19 janvier 2026, au large de Toulon, la Marine a lancé une expérimentation inédite. Piloté par la Marine nationale avec l’appui de la Direction générale de l’armement, le projet DANAE marque une étape structurante. Il s’inscrit dans une stratégie plus large d’adaptation aux drones navals, devenus centraux dans les conflits récents, et répond à un impératif de protection des navires militaires.
Une expérimentation structurante de la Marine face à la menace des drones
Depuis plusieurs années, la Marine observe l’évolution rapide des menaces en mer. Drones aériens, engins de surface téléopérés ou autonomes, voire systèmes explosifs improvisés, modifient profondément la protection des navires. Ainsi, la Marine nationale teste des drones de surface capables de détecter, dissuader et neutraliser une menace avant qu’elle n’atteigne un bâtiment. Ce positionnement est assumé : selon l’Agence de l’innovation de défense, le projet a « une vocation défensive », pensée pour l’escorte et la protection portuaire, et non pour des frappes offensives.
Dans ce contexte, la Marine a retenu une zone d’essais exigeante, au large de Saint-Mandrier, près de Toulon. Le site permet de confronter les drones à des conditions réelles : trafic maritime dense, contraintes côtières et environnement militaire actif. Par ailleurs, l’expérimentation s’est déroulée sur une période courte mais intensive, du 19 au 23 janvier 2026. Cette durée limitée vise à éprouver rapidement les concepts, tout en conservant une logique d’agilité industrielle. Pour la Marine nationale, il s’agit clairement d’un banc d’essai opérationnel, et non d’une simple démonstration technologique.
Des drones de surface armés en phase de sélection
Au cœur du projet DANAE, la Marine a mobilisé sept entreprises de la base industrielle et technologique de défense. Parmi elles figurent des acteurs établis et des spécialistes de niche, tous engagés sur des prototypes distincts. Cette diversité industrielle permet à la Marine nationale de comparer plusieurs approches : plateformes rapides ou endurantes, architectures très autonomes ou davantage téléopérées, armements intégrés ou modulaires. L’objectif est clair : sélectionner, à l’issue de cette première phase, trois prototypes jugés les plus prometteurs.
La Marine analyse la navigation autonome, l’endurance, la capacité de détection et la gestion de la menace. L’autonomie décisionnelle est également scrutée avec attention. Dans un environnement saturé, le drone doit être capable d’identifier un danger sans multiplier les fausses alertes. Cette exigence traduit une préoccupation centrale de la Marine nationale : conserver le contrôle humain tout en gagnant en réactivité. Les essais actuels doivent ainsi préparer une seconde phase, plus longue, orientée vers la maturation technologique et la robustesse opérationnelle.
Par ailleurs, la Marine ne raisonne pas ces drones comme des systèmes isolés. Ils sont conçus pour s’intégrer dans un dispositif global : frégates, bâtiments de soutien, infrastructures portuaires et chaînes de commandement existantes. Cette logique de système de systèmes est essentielle. Elle permet d’imaginer, à terme, une escorte navale élargie, où plusieurs drones de surface patrouillent en avant d’un bâtiment majeur, étendant sa bulle de protection sans exposer directement l’équipage.
Une cohérence avec l’effort global sur les drones navals
L’expérimentation DANAE s’inscrit dans un effort plus large de la Marine sur les drones. En parallèle des essais de surface, la Marine nationale renforce ses capacités aériennes embarquées. La Direction générale de l’armement a récemment commandé cinq drones Camcopter S-100, capables de voler pendant six heures, destinés à la surveillance depuis les frégates. Elle a également lancé l’acquisition de six drones VSR700, dotés d’une endurance annoncée de plus de huit heures et d’un rayon d’action pouvant atteindre une centaine de milles nautiques.
Cette cohérence capacitaire est assumée par la Marine. Les drones de surface testés dans le cadre de DANAE viennent compléter, et non concurrencer, les moyens existants. Ils répondent à des scénarios spécifiques : protection de zones sensibles, surveillance rapprochée, réaction rapide face à une menace émergente. À terme, la Marine nationale envisage une production en série du modèle retenu, avec un déploiement prioritaire sur les bases navales et les bâtiments à forte valeur stratégique.
Enfin, la Marine bénéficie d’un environnement industriel et technique renforcé. À Toulon, DGA Techniques navales est appelée à jouer un rôle central. Selon son directeur, une plateforme de développement sera installée sur le site du Mourillon afin de permettre aux équipes de la DGA, de la Marine nationale et des industriels de travailler en plateau. Cette organisation vise à accroître l’agilité et la réactivité, tout en adaptant en continu les solutions aux besoins opérationnels. L’enjeu dépasse le seul projet DANAE : il s’agit de bâtir une capacité durable face à la dronisation croissante des rapports de force en mer.
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