1. Introduction : La fin de l’innocence pour l’IA générative
Oubliez les chatbots ludiques et la génération d’images créatives. À Houston, lors du 3DEXPERIENCE World 2026, nous avons assisté à un basculement civilisationnel : le passage de l’IA « gadget » à l’IA industrielle critique. L’annonce de l’alliance entre Dassault Systèmes et NVIDIA ne porte pas sur une simple mise à jour logicielle, mais sur la création d’une infrastructure capable de fusionner le silicium et la matière. Pour l’industrie, c’est l’acte de naissance d’une intelligence qui ne se contente plus de prédire des mots, mais de piloter la réalité physique. 2. Une amitié de 20 ans qui change de dimension
Ce partenariat n’est pas une réponse opportuniste à la déferlante GenAI. C’est l’aboutissement d’une symbiose née dans les années 2000 avec CATIA. À l’époque, NVIDIA fournissait les pixels ; aujourd’hui, elle fournit les neurones et les noyaux de calcul physique.
« Dès l’origine, nos logiciels avaient besoin de capacités graphiques et de calcul pour faire de la visualisation 3D », rappelle Pascal Daloz, directeur général de Dassault Systèmes.
Le passage de la simple « visualisation » à une architecture commune d’IA industrielle est un gage de fiabilité absolue pour les grands comptes. On ne parle plus seulement d’afficher des modèles, mais de structurer une architecture logicielle où chaque décision est accélérée par le calcul intensif. 3. L’émergence des « World Models » : Résoudre l’hallucination par la physique
Le grand défi de l’IA actuelle est son manque d’ancrage physique (grounding). Là où une IA classique peut « halluciner » des lois de la nature, l’alliance Dassault-NVIDIA propose des World Models (modèles de monde) industriels.
• La Synergie : NVIDIA apporte la puissance de calcul brute et les modèles ouverts ; Dassault apporte la rigueur scientifique des jumeaux virtuels.
• Le Bénéfice : Cette fusion résout le problème du coût computationnel des simulations traditionnelles tout en garantissant une IA fiable et traçable.
• L’Objectif : Créer un système de référence où l’IA comprend intrinsèquement la gravité, la thermodynamique et la résistance des matériaux. 4. L’IA Agentique : Des compagnons experts, pas des assistants de salon
Sur la plateforme 3DEXPERIENCE, l’IA prend la forme de « compagnons virtuels experts ». Contrairement à un ChatGPT généraliste, ces agents reposent sur le backbone NVIDIA Nemotro et se distinguent par trois points de rupture :
• L’intelligence contextualisée : L’agent comprend le jargon spécifique d’un ingénieur en aéronautique ou d’un chercheur en pharmacologie.
• Le passage à l’action : Ce sont des agents agentiques. Ils ne se contentent pas de répondre ; ils agissent en lançant des simulations ou en modifiant des paramètres de conception directement dans les outils métiers.
• Fiabilité technique : Les réponses sont validées scientifiquement, transformant l’IA en un collaborateur de confiance plutôt qu’en un simple moteur de recherche interne. 5. La fusion du code et de la matière : Les trois piliers stratégiques
La convergence entre simulation et IA physique se matérialise à travers trois domaines d’application concrets qui redéfinissent l’avantage compétitif :
1. Santé & Matériaux : L’intégration de NVIDIA BioNeMo permet d’accélérer radicalement la découverte de nouvelles molécules et la création de matériaux innovants, réduisant les cycles de R&D de plusieurs années à quelques mois.
2. Ingénierie Augmentée : Grâce aux bibliothèques NVIDIA CUDA-X injectées dans SIMULIA, les prédictions physiques deviennent quasi instantanées. L’ingénieur peut tester des milliers d’itérations en temps réel, là où il fallait autrefois attendre des heures de calcul.
3. Production Autonome : La connexion entre NVIDIA Omniverse et les jumeaux numériques DELMIA permet de concevoir des usines virtuelles pilotées par logiciel. On simule l’intégralité de la chaîne de production mondiale avant même de poser la première brique physique. 6. Conclusion : Vers une souveraineté industrielle numérique
Cette alliance est une réponse stratégique aux tensions géopolitiques actuelles. Pour Dassault Systèmes, il s’agit d’ancrer son rôle de garant de la souveraineté industrielle : permettre aux entreprises de garder le contrôle de leurs données propriétaires tout en bénéficiant de la puissance de calcul américaine. Pour NVIDIA, c’est la preuve que l’IA physique est le prochain grand marché après le cloud et le gaming.
Alors que les usines deviennent autonomes et les simulations instantanées, une question demeure : quelle place pour l’humain ? L’ingénieur de demain ne sera plus un technicien de la CAO, mais un chef d’orchestre d’agents intelligents. Dans ce monde où chaque erreur est éliminée par le jumeau virtuel avant d’exister, l’intuition et la vision stratégique redeviennent les seules véritables variables de différenciation.
