Le groupe militaire M23 annonce la mort de son porte-parole : Willy Ngoma. Il vient d’être tué au cours d’un assaut de l’armée de la RDC. Sa disparition pourrait avoir des conséquences sur la suite du conflit.
Le porte-parole du M23, Willy Ngoma, tué en RDC
Dans la nuit du 24 février 2026, à Rubaya, dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu, Willy Ngoma, figure centrale de l’appareil militaire et médiatique du mouvement AFC/M23, a été tué lors d’une frappe de drone attribuée aux Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). L’attaque intervient dans une zone stratégique à haute valeur économique et militaire, au cœur d’un dispositif rebelle structuré autour de l’exploitation minière.
Cet épisode dépasse la disparition d’un cadre opérationnel. Il révèle une évolution profonde de la conduite de la guerre en RDC : recours massif aux technologies de frappe à distance, ciblage de cadres dirigeants et reconquête progressive des espaces économiques contrôlés par les groupes armés. Willy Ngoma n’était pas un simple porte-parole. Il incarnait la vitrine militaire du M23, à la fois relais de communication stratégique et acteur du commandement opérationnel. De plus, il figurait sur plusieurs listes de sanctions internationales, notamment celles du Conseil de sécurité des Nations unies, des États-Unis et de l’Union européenne, pour son rôle au sein du mouvement rebelle. Cette désignation officielle le plaçait déjà dans une catégorie stratégique, bien au-delà du simple statut de combattant.
Sa présence à Rubaya n’était pas anodine. Cette cité minière constitue l’un des nœuds économiques majeurs de l’est congolais. Le site produit entre 15 % et 30 % du coltan mondial, un minerai essentiel à l’industrie électronique mondiale. Depuis avril 2024, Rubaya était sous contrôle du M23, devenant un pilier financier du mouvement rebelle.
La frappe de drone est intervenue entre 2 h 40 et 3 h du matin, dans une zone occupée par les forces du M23. Cette précision temporelle illustre le niveau de renseignement opérationnel atteint par les FARDC. La mort de Willy Ngoma ne relève donc pas d’un hasard tactique, mais d’un ciblage précis, planifié, inscrit dans une logique de neutralisation ciblée des cadres stratégiques rebelles.
Willy Ngoma, RDC, M23 : un basculement durable du rapport de force
La disparition de Willy Ngoma agit comme un révélateur. Elle montre que le rapport de force entre Kinshasa et le M23 n’est plus figé. L’État congolais démontre sa capacité à frapper des cibles de haut niveau, dans des zones longtemps considérées comme des bastions rebelles. Ce changement a une portée stratégique majeure. D’un côté, il renforce la crédibilité militaire des FARDC. De l’autre, il fragilise la posture de sécurité du M23, qui ne peut plus garantir l’invulnérabilité de ses cadres, même dans ses zones de contrôle économique.
L’effet est aussi psychologique. Pour les combattants, pour les cadres intermédiaires, pour les populations locales, la frappe de Rubaya modifie la perception de la puissance militaire. Le M23 n’apparaît plus comme une force intouchable. L’État reprend une capacité de dissuasion ciblée.
Dans ce contexte, la mort de Willy Ngoma dépasse la dimension individuelle. Elle devient un marqueur stratégique. Un signal. Un point de bascule dans la guerre de l’est congolais. Elle symbolise le passage d’un conflit de conquête territoriale à une guerre de démantèlement structurel, où les cibles ne sont plus seulement les combattants, mais les systèmes économiques, les centres décisionnels et les figures symboliques.
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