Un avion américain a été maquillé en appareil civil pour une frappe contre un bateau présenté comme lié au narcotrafic au large du Venezuela. Or, si l’armée américaine assume une campagne plus large en mer contre des “narco boats”, le camouflage d’un avion en avion civil peut relever de la “perfidie” au sens du droit de la guerre.
Avion civil maquillé : ce que Trump assume dans la lutte antidrogue
La séquence commence par une communication présidentielle. Le 2 septembre 2025, Donald Trump revendique l’opération et lie la cible à un univers criminel et géopolitique, en visant explicitement le Venezuela et l’organisation Tren de Aragua, selon les éléments rapportés par RNZ le 13 janvier 2026. Cependant, si le message politique est clair, le choix de l’avion l’est beaucoup moins : d’après les mêmes récits, l’appareil utilisé au-dessus de la mer était peint pour ressembler à un avion civil, et donc, visuellement, pour ne pas apparaître comme un avion de combat. Ainsi, au lieu d’un simple débat sur l’efficacité contre le narcotrafic, l’affaire bascule vers une interrogation sur la manière dont les États-Unis veulent faire la guerre aux trafiquants.
Les détails techniques alimentent la controverse, car ils touchent précisément à l’identification. Les armes n’étaient pas visibles sous les ailes : elles auraient été tirées depuis un dispositif interne, avec des munitions logées dans le fuselage de l’avion. Or, ce point compte, parce qu’il renforce l’idée d’un avion volontairement “neutralisé” en apparence, et donc assimilable à un avion civil, au moment même où il frappe. De plus, l’opération s’inscrit dans une campagne plus large de frappes américaines contre des embarcations, dont le bilan dépasse la centaine de morts, ce qui rend la méthode d’autant plus scrutée.
Avion et “perfidie” : les risques juridiques, du double tir aux survivants
Le cœur de l’accusation tient dans un mot : la perfidie. Le droit international humanitaire interdit de feindre un statut protégé, notamment civil, afin de tromper l’adversaire avant de frapper. Donc, si l’avion a été intentionnellement présenté comme un avion civil pour attaquer, l’argument de la perfidie peut être avancé. En outre, Steven Lepper, ancien juriste militaire de l’US Air Force, estime que “masquer son identité” fait partie de la perfidie et qu’un avion non identifiable comme appareil de combat ne devrait pas mener une activité de combat. Ces éléments ne tranchent pas à eux seuls, toutefois ils structurent le débat et, surtout, ils placent l’administration Trump sous un projecteur rarement favorable.
L’autre volet est tout aussi inflammable : la “double frappe”. La Maison Blanche a confirmé qu’un amiral avait ordonné une opération dite de “double-tap”, sous l’autorité du secrétaire à la Défense Pete Hegseth, c’est-à-dire deux tirs successifs contre le même bateau. Par ailleurs, deux survivants auraient été tués lors d’une frappe de suivi après l’attaque initiale, alors qu’ils s’accrochaient à des débris. Là encore, l’enjeu n’est pas seulement l’avion : c’est la qualification des personnes visées, et donc la conformité de la conduite des hostilités. Enfin, un point pèse dans l’opinion, et donc dans l’analyse : les États-Unis n’ont pas rendu publiques des preuves établissant, de manière accessible, l’implication effective des navires ciblés dans le narcotrafic.
Avion, ruse et précédents : la frontière entre camouflage et tromperie interdite
Dans l’histoire militaire, la ruse existe, et elle est parfois admise, mais la ligne rouge se situe quand la tromperie exploite un statut protégé. Sur mer, les “Q-ships” britanniques des guerres mondiales sont souvent cités comme exemple de navires déguisés, car ils pouvaient se faire passer pour des marchands afin d’attirer un adversaire, avant de révéler des armes cachées.
Ce type de pratique est documenté, par exemple, dans les ressources historiques de l’US Navy (History and Heritage Command), qui décrivent des “Q-ships” et leur logique de leurre. Cependant, dans le cas américain de 2025, la question n’est pas un simple déguisement tactique : c’est le fait qu’un avion prenne l’apparence d’un avion civil, donc d’un objet protégé, au moment où il engage.
Côté français, il existe aussi des précédents d’armement de grands navires civils dans les conflits, par réquisition et transformation en croiseurs auxiliaires ou navires armés, ce qui montre que la frontière civil-militaire a parfois été brouillée par les États en temps de guerre. Néanmoins, l’affaire Trump ne se joue pas dans un cadre de guerre classique, et c’est précisément ce qui crispe : la campagne contre le narcotrafic est présentée comme une logique quasi-militaire, alors que ses cibles et ses théâtres d’opération restent disputés. Ainsi, l’usage d’un avion “civilisé” en apparence devient un symbole, parce qu’il donne l’impression que les États-Unis veulent s’autoriser des méthodes de conflit armé, tout en échappant aux contraintes de transparence et de preuve attendues.
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