Le 3 décembre 2025, Bruxelles a validé une nouvelle phase du programme CaMo, actant l’achat de 92 blindés Griffon et 123 Serval. Cette opération, estimée à 1,15 milliard d’euros, marque une avancée décisive pour la modernisation de la composante Terre belge et confirme le rôle central du Griffon dans la coopération militaire franco-belge. L’enjeu stratégique dépasse largement l’acquisition de nouveaux véhicules, puisqu’il touche à la transformation doctrinale, industrielle et opérationnelle des deux armées.
Les Griffon et Serval, piliers d’une modernisation profonde de l’armée belge
La commande belge comprend 92 Griffon et 123 Serval destinés à équiper des unités motorisées. Elle s’inscrit pleinement dans la montée en puissance du programme Scorpion, indispensable à l’interopérabilité recherchée par Bruxelles avec Paris. Le Griffon, véhicule blindé multi-rôle 6×6, est conçu pour remplacer les VAB et offrir un surcroît de protection balistique et contre les mines, tout en intégrant un haut niveau de connectivité. Le Serval complète ce dispositif grâce à son format 4×4 plus léger, adapté aux missions de patrouille, de reconnaissance ou de commandement. Par ailleurs, ces deux véhicules placent la Belgique dans un standard technologique commun à l’armée française, favorisant une mise en réseau avancée du combat collaboratif.
En pratique, les missions couvertes par les Griffon et Serval vont du transport de troupes à l’évacuation sanitaire. Ce spectre opérationnel large participe directement à la transformation de la doctrine belge, qui vise une armée plus projetable et plus intégrée dans les opérations de l’OTAN. De plus, la maîtrise de la chaîne logistique, l’uniformisation des systèmes et la capacité à échanger des données en temps réel constituent des leviers essentiels pour réduire les délais de réaction et augmenter la résilience tactique. La Défense belge rappelle en ce sens que Scorpion repose sur l’échange automatisé d’informations pour améliorer la connaissance de situation et synchroniser les unités.
Une commande structurée autour du partenariat CaMo
L’investissement belge s’inscrit de manière logique dans la continuité du partenariat CaMo signé avec la France en 2019. Ce cadre bilatéral vise à aligner doctrines, équipements et formations entre les deux armées. Grâce à cette architecture, la Belgique adopte les standards français et intègre directement l’écosystème Scorpion. Cette approche assure une interopérabilité quasi totale des brigades belges et françaises, ce qui facilite les exercices conjoints, les déploiements multinationaux et la maintenance à long terme. Cet alignement technologique, doctrinal et logistique garantit par ailleurs une cohérence stratégique dans un contexte européen marqué par la nécessité de renforcer les capacités terrestres.
De plus, la montée en puissance du programme CaMo 3 laisse entrevoir une extension future du parc blindé belge. La défense belge projette en effet une flotte pouvant atteindre 1 500 véhicules à l’horizon 2035, selon la Vision Stratégique du ministère de la Défense. En conséquence, la commande annoncée s’inscrit dans un calendrier capacitaire plus large, qui doit assurer à la Belgique un outil terrestre modernisé, homogène et robuste. La livraison déjà entamée des premiers Griffon belges, assemblés en partie en Flandre, démontre que le programme est désormais pleinement opérationnel. À cette occasion, le ministre belge de la Défense déclarait : « Cela devient concret pour nos militaires ».
Une opération profitable à l’industrie française et à l’axe militaire franco-belge
La commande belge représente un flux industriel important pour les entreprises françaises, à commencer par KNDS France, Arquus et Thales, qui conçoivent et produisent les Griffon et Serval. Le coût total de l’opération atteint 1,15 milliard d’euros, soit 495,6 millions d’euros pour les Griffon et 656,4 millions d’euros pour les Serval. Cette répartition budgétaire illustre le poids stratégique de ces plates-formes dans l’économie de défense française. En parallèle, le partenariat prévoit des retours industriels en Belgique : assemblage partiel, peinture, intégration de systèmes et tests finaux. Des Griffon sont déjà assemblés à Staden, ancrant davantage la coopération industrielle entre les deux pays.
Cet ancrage industriel binational renforce la crédibilité du programme CaMo, car il répartit les savoir-faire, favorise la complémentarité des compétences et donne à la Belgique une véritable place dans la chaîne de production. L’industrie belge bénéficie ainsi d’une montée en compétence structurée, tandis que la France sécurise un partenaire industriel fiable et durable. De surcroît, l’alignement complet du parc belge sur le standard Scorpion confère aux industriels français une position consolidée au sein du marché européen, ce qui peut entraîner d’autres coopérations similaires. Cette dynamique conforte l’axe franco-belge, qui devient progressivement une référence en matière de coopération blindée au sein de l’OTAN.
Un investissement qui renforce aussi l’autonomie stratégique européenne
En misant sur le Griffon et le Serval, Bruxelles renforce non seulement son armée, mais aussi la base industrielle et technologique de défense européenne. En effet, le choix de véhicules conçus et produits en Europe s’inscrit dans l’objectif de réduire la dépendance vis-à-vis de fournisseurs extérieurs, tout en consolidant un standard commun entre alliés. Cette décision apporte des volumes de production supplémentaires aux industriels français, ce qui améliore la compétitivité, la stabilité financière et l’innovation. Ce mouvement participe d’une vision stratégique partagée : une Europe capable de générer ses propres capacités terrestres, du développement à la mise en service.
La modernisation de l’armée belge sert aussi les intérêts opérationnels de l’armée française. Une Belgique équipée de Griffon et de Serval peut se joindre plus facilement aux opérations conjointes et aux déploiements en coalition. L’apport belge devient alors plus facilement intégrable dans des mandats européens ou otaniens, avec des véhicules compatibles en termes de systèmes, de maintenance et de logistique. Par ailleurs, la création d’un socle industriel partagé renforce l’autonomie stratégique européenne en permettant des adaptations spécifiques et des évolutions techniques réalisées sur le continent, ce qui limite les vulnérabilités géopolitiques.
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