Geran-5 : le nouveau drone « porte-missiles » de la Russie

Selon les éléments techniques rendus publics les renseignements ukrainiens, le Geran-5 affiche une cellule élancée, dotée d’ailes droites de grande envergure et d’un fuselage tubulaire optimisé pour le vol à vitesse élevée. Avec une longueur proche de six mètres et une envergure avoisinant cinq mètres cinquante, il se situe dans une catégorie intermédiaire entre drone tactique lourd et missile de croisière léger.

Geran-5 : un drone à réaction à la portée record

Le choix d’un moteur à réaction marque la principale rupture doctrinale. Le Geran-5 est propulsé par un turboréacteur Telefly d’origine chinoise, déjà observé sur certains drones russes expérimentaux, mais ici intégré dans une configuration offrant une poussée supérieure. Cette motorisation permet un régime de vol radicalement différent de celui des drones à hélice : vitesse plus élevée, meilleure stabilité à moyenne altitude et réduction du temps de transit vers la cible.

Sur le plan aérodynamique, l’emploi d’ailes classiques, combinées à une prise d’air dorsale, suggère une optimisation pour un vol soutenu plutôt que pour une simple trajectoire terminale. Cette configuration favorise également la capacité à emporter une charge utile significative sans dégrader excessivement l’autonomie. Les données disponibles évoquent une portée de l’ordre du millier de kilomètres, selon Militaryi, ce qui positionne le Geran-5 comme un outil de frappe en profondeur, capable d’atteindre des objectifs éloignés sans dépendre de plateformes de lancement proches de la ligne de front.

Architecture électronique et navigation

L’architecture électronique du Geran-5 révèle une approche pragmatique mêlant composants militaires et civils. Le guidage repose sur un système de navigation satellitaire Comet à douze canaux, conçu pour améliorer la précision et la redondance du positionnement. Ce système est complété par un module de suivi basé sur un micro-ordinateur de type Raspberry, ainsi que par des modems 3G et 4G destinés à la transmission de données.

Cette hybridation technologique répond à deux objectifs. D’une part, elle permet de limiter les coûts et les contraintes industrielles. D’autre part, elle offre une certaine flexibilité dans l’adaptation logicielle et la mise à jour des profils de mission. Toutefois, cette dépendance partielle à des réseaux civils expose le système à des vulnérabilités, notamment en environnement de guerre électronique intense, où le brouillage et la neutralisation des communications restent des menaces majeures.

Charge militaire et modularité de l’armement

Le Geran-5 est conçu avant tout comme un drone kamikaze. Sa charge militaire principale est estimée à environ quatre-vingt-dix kilogrammes, un volume suffisant pour infliger des dommages importants à des infrastructures critiques ou à des cibles durcies. Néanmoins, la modularité de la plateforme ouvre la voie à des configurations plus complexes.

Les analyses techniques indiquent la possibilité d’emporter des missiles air-air de type R-73, dotés d’un autodirecteur infrarouge. Une telle intégration transformerait le Geran-5 en vecteur hybride, capable de menacer des aéronefs engagés dans la défense aérienne. D’un point de vue strictement technique, ce choix pose plusieurs défis : intégration des capteurs, gestion de la désignation de cible et compatibilité des enveloppes de vol. Il suggère néanmoins une volonté russe d’explorer des usages asymétriques du drone, au-delà de la simple frappe au sol.

Modes de lancement et intégration interarmées

Autre caractéristique notable, le Geran-5 serait compatible avec un lancement depuis des plateformes aériennes. Des images et analyses suggèrent une intégration possible sous les ailes d’avions d’attaque Su-25. Ce mode de déploiement présente plusieurs avantages opérationnels : augmentation de la portée effective, flexibilité dans le choix des axes d’approche et réduction de la signature radar initiale. Cette capacité d’emport aérien rapproche le Geran-5 d’un missile de croisière léger, tout en conservant la flexibilité d’un drone.

L’analyse structurelle du Geran-5 met en évidence des similitudes marquées avec le drone iranien Karrar, notamment dans l’usage d’une propulsion à réaction et dans certaines solutions de cellule. Ces convergences alimentent l’hypothèse d’un transfert de savoir-faire ou d’une adaptation de technologies existantes plutôt que d’un développement entièrement autonome. Dans le contexte des sanctions et des restrictions industrielles, cette approche illustre la capacité de la Russie à combiner apports étrangers, composants civils et ingénierie locale pour accélérer la mise en service de nouveaux systèmes.

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