Le 15 janvier 2026 marque un jalon stratégique pour les forces armées françaises. Ce jour-là, le ministère des Armées a annoncé la signature d’un contrat d’envergure avec le consortium formé par Arquus et Daimler Truck pour la livraison de 7 000 camions militaires de nouvelle génération. Ce programme baptisé PL6T vise à remplacer les véhicules logistiques vieillissants de l’armée de Terre, modernisation indispensable face aux menaces de haute intensité. Il s’agit d’un virage industriel autant que capacitaire, répondant à une demande récurrente des unités de terrain.
Un contrat colossal au service du renouvellement logistique
Ce contrat, estimé à environ 2 milliards d’euros, prévoit l’acquisition de 7 000 camions sur une durée supérieure à dix ans, selon le communiqué officiel du 16 janvier 2026 publié par John Cockerill Defense. Baptisé PL6T (Porteurs Logistiques 6 Tonnes), le programme vise à remplacer progressivement la flotte vieillissante de camions Renault, certains encore en circulation depuis plusieurs décennies.
Le consortium Arquus–Daimler Truck a été retenu à l’issue d’une compétition industrielle. La solution proposée s’appuie sur une plateforme 6×6 robuste conçue par Daimler, baptisée Zetros, adaptée aux contraintes militaires actuelles. Ces camions seront ensuite militarisés et intégrés par Arquus, acteur clé de la défense terrestre française, dans ses usines de Limoges, Garchizy et Saint-Nazaire.
Comme le souligne Thierry Renaudin, PDG de John Cockerill Defense : « Nous sommes fiers de recevoir la confiance renouvelée du ministère des Armées, surtout que le programme PL6T revêt une importance majeure pour les forces armées françaises ».
Le programme ne se limite pas à un simple approvisionnement. Il s’agit d’un renouvellement capacitaire, avec des véhicules dotés d’un blindage adaptable, d’une charge utile de six tonnes et de prestations de soutien technique sur le long terme. Cela inclut la maintenance, l’approvisionnement en pièces, mais aussi la formation des personnels.
Une réponse tardive aux besoins de l’armée de Terre ?
Malgré son ampleur, cette commande intervient dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes, où la France s’efforce de renforcer sa posture militaire. L’armée de Terre exprimait depuis longtemps ses inquiétudes quant à l’obsolescence de ses moyens logistiques. Les retours du terrain, notamment lors des opérations extérieures au Sahel ou dans les exercices de haute intensité en Europe, pointaient régulièrement les limites des anciens camions.
« En collaboration avec Daimler Truck, nous fournissons à l’armée française une solution robuste, moderne et durable qui répond aux besoins opérationnels à long terme », déclare Emmanuel Levacher, PDG d’Arquus.
Cette modernisation est donc perçue comme nécessaire mais tardive, dans un environnement stratégique où la rapidité de déploiement et la résilience logistique sont devenues des priorités absolues. La guerre en Ukraine, les tensions en mer de Chine ou encore les risques de projection rapide en Afrique placent la mobilité terrestre au cœur des capacités opérationnelles.
Le contrat s’inscrit dans la stratégie globale « Vers une armée prête au combat », initiée par le ministère des Armées. Ce plan vise à adapter les moyens matériels aux scénarios de guerre de haute intensité, en particulier en modernisant les équipements de ravitaillement, de transport de troupes et de soutien.
Suffisante face aux enjeux ou simple rattrapage ?
Si la commande de 7 000 camions constitue un saut qualitatif évident, elle ne couvre pas l’intégralité des besoins logistiques recensés. Selon des sources anonymes, une commande de 9 000 camions aurait mieux répondu à la demande des forces sur le terrain. L’armée de Terre exploite actuellement plusieurs gammes de véhicules aux standards très hétérogènes, souvent vétustes. Le PL6T ne vise qu’une partie de la flotte, ce qui laisse en suspens la question d’un programme complémentaire pour les autres catégories de poids et fonctions (blindés de dépannage, véhicules porte-engins, etc.).
Certains analystes estiment que ce programme, aussi massif soit-il, reste un rattrapage plus qu’une anticipation. Il traduit surtout une prise de conscience politique tardive des capacités logistiques insuffisantes en cas de conflit d’envergure. Une critique indirecte que confirme une source industrielle proche du dossier : « Ce programme est bien plus qu’un simple contrat ; c’est un exemple de ce que la coopération européenne peut accomplir », déclare Daniel Zittel, Directeur des ventes Défense chez Daimler Truck.
L’approche européenne du projet, qui combine savoir-faire allemand et français, est en effet saluée pour son efficacité industrielle et sa cohérence stratégique, même si la dépendance partielle à l’assemblage initial en Allemagne soulève des questions de souveraineté.
En parallèle, l’intégration prévue dans les usines françaises d’Arquus constitue un soutien notable à l’industrie hexagonale de défense. Cela permettra également de garantir une partie de la soutien en service (MCO) en France, facteur critique en période de crise.
Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre Newsletter gratuite pour des articles captivants, du contenu exclusif et les dernières actualités.
